Présider un jury du vin au Concours Mondial de Bruxelles : mode d’emploi |
Le Concours Mondial de Bruxelles c’est toujours une fête. Dès l’aube, les moins matinaux d’entre nous rencontrent le miracle belge au petit déjeuner. On traverse la salle de restaurant du très bel hôtel où nous sommes logés (nous sommes toujours logés dans un très bel hôtel, bisou à toute l’équipe de Vinopres, la piscine était splendide) de sourires en sourires, de bises en bises.
Et on a révisé : « Que je suis contente de te voir », « ik ben blij je te zien », « it’s so good to see you », « me fa piacere vederti », « Estoy feliz de verte », « Estic feliç de veure’t », « 我很高兴见到你 » (si un ami chinois veut bien me dire 1) si c’est correct et 2) comment ça se prononce, je m’engage à l’apprendre par coeur) .
Parce que tous les copains sont là. De partout. Entre Français déjà on est contents quand on arrive à se voir entre Nord et Sud, mais là, imaginez : 305 dégustateurs, 40 nationalités de l’Albanie à la Turquie. Wouhou ! Prêts pour le VRAI petit déj ? En avant pour 50 vins !
Et quand on découvre au matin du premier jour qu’on va présider une équipe de cinq, on recense mentalement, vite fait, les qualités nécessaires à l’accomplissement d’une telle mission. Et en fait, ça tient en trois lettres.

Francesco Massimiliano Barbera, Maroš notre sommelier, Valeriia Suvertok, ma pomme, Eric Boschman et David Baverstock, le fier jury n°50
Le nez :
Parce qu’en tant que président de jury vous serez chargé(e) d’éliminer les échantillons bouchonnés, daubés du c pollués, injugeables. S’il y en a un qui passe et que votre jury vous le signale, honte à vous ! La difficulté c’est que tout se déguste à l’aveugle et que sur certaines séries on ne sait pas si le premier vin a un gros défaut ou s’il est simplement très typique. Envoie le deuxième, on avisera !
Le zen :
Un concours de vins décerne grosso modo entre un quart et un tiers de médailles par rapport au nombre d’échantillons dégustés. Quand on tombe sur de rudes séries, le quota n’est pas atteint et il n’a pas vocation à l’être (car sur de belles séries il faut de la place pour être plus généreux).
Quand vous êtes face à une fine équipe où tout le monde parle anglais, français et/ou italie, pas de souci. C’était le cas (merci Vinopres, bisou). Quand ce n’est pas comme ça il vous reste la communication non verbale, je veux bien entendu parler des grimaces. Souvenez-vous, on en avait parlé avec un petit lexique mimé de la dégustation en ligne ici, mais aussi là, sans oublier ici et enfin là).Par déontologie, la présidence s’interdit d’influencer les jurés. Mais il convient, parfois, de leur proposer de faire preuve de plus de mansuétude. Ou pas.
Vous avez le cas, délicat, du jury où un juré ne donne pas tripette du vin dégusté alors que les quatre autres lui donnent une médaille d’or. On sait que les extrêmes sont statistiquement éliminés et c’est toujours délicat de demander à un juré de revoir son jugement. Même si, en général, ça se passe bien. En général.
Le zen (II) :
En tant que président de jury, vous êtes la seule personne habilitée à retirer auprès du commissariat général les fiches qui révèlent les origines de vos séries. Quand vous avez eu des séries de souffrance, vous priez pour que les vins qui la constituent soient issues de pays lointains/ à la production émergente/ d’une autre planète où il n’y a pas d’eau et des brettanomycès plein les satellites.
Hélas, amis qui lisez le français, je ne vous le cache pas, en général, vous découvrez que la France vit vraiment trop sur ses acquis et qu’il faudrait songer à se remuer sérieusement les… le… la…
Bref, le monde entier nous regarde et on n’a pas toujours bonne mine.
D’où mon enthousiasme à déguster au Concours Mondial de Bruxelles : on peut croire avoir reconnu un cépage, un pays, une appellation et se planter de 10 000 bornes. On peut avoir totalement ignoré jusque là qu’un pays produisait tel vin dans telle couleur et découvrir des talents fous (une série de chardonnay de Roumanie m’a laissée sans voix alors que je ne voyais la Roumanie que dans des vins rouges). On réapprend qu’on a tout à apprendre et ça fait le plus grand bien.
















